Microsoft semble enfin s’attaquer au vrai sujet : les clics qui traînent, les fenêtres qui hésitent, les frameworks trop lourds et les applications qui devraient s’ouvrir sans patienter. Après des années à empiler les nouveautés, Microsoft ressort la caisse à outils et descend dans la plomberie de Windows 11. Ou comment reconstruire la confiance par les fondations plutôt que par les effets d’annonce.
Depuis quelques semaines, Microsoft a changé de ton sur Windows 11. Moins de promesses cosmétiques, davantage de plomberie. L’éditeur donne désormais la priorité à l’optimisation des fondations du système et aux « irritants » qui nuisent à l’expérience utilisateur, parfois depuis des années.
En mars, Pavan Davuluri, patron de Windows + Devices, a reconnu que les utilisateurs voulaient un Windows « meilleur » et a détaillé un plan recentré sur trois fondamentaux : performance, fiabilité et finition. Au programme : un Explorateur de fichiers plus rapide, moins de distractions liées aux widgets et à Copilot, des mises à jour moins intrusives, une meilleure gestion des redémarrages et un effort visible sur la réactivité du système. Bref, Microsoft veut « réparer » Windows 11 non pas en ajoutant encore une couche d’IA, mais en s’attaquant à ce qui se ressent vraiment au quotidien : le clic, l’ouverture d’une fenêtre, la fluidité d’une interface, la stabilité après mise à jour.
Cette semaine, l’éditeur a eu l’occasion d’évoquer d’autres pistes de recherche pour s’assurer qu’à l’avenir Windows soit plus rapide et moins gourmand.
WinUI 3, le maillon faible devenu priorité
Le chantier le plus symbolique concerne WinUI 3. Ce framework récent et moderne est censé porter les applications natives Windows 11. Sauf que depuis des années, nombre de développeurs lui reprochent d’être moins fluide que les anciennes technologies maison, notamment WPF ou UWP. Microsoft semble avoir entendu le message. Dans une discussion GitHub, Beth Pan, responsable engineering chez Microsoft, explique que l’équipe utilise notamment l’Explorateur de fichiers et Notepad comme bancs d’essai pour réduire l’impact sur les performances de WinUI dans les applications Windows.
Et les premiers chiffres sont plus qu’encourageants : sur la seule portion WinUI du lancement de l’Explorateur de fichiers, Microsoft annonce 41% d’allocations mémoire en moins, 63% d’allocations transitoires en moins, 45% d’appels de fonctions en moins et 25% de temps passé dans le code WinUI en moins. Preuve que Microsoft prend au sérieux non seulement les lacunes de son SDK mais également la performance de cette application essentielle à l’OS qu’est l’explorateur de fichiers.
Un Windows plus natif, mais sans casser les apps
Microsoft veut aussi éviter l’effet classique du grand ménage technique : améliorer Windows en cassant les applications des autres. Certaines optimisations WinUI pourront introduire des changements de comportement. Elles seront donc d’abord proposées en opt-in aux développeurs, avant de devenir progressivement le comportement par défaut dans de futures versions de WinUI et du Windows App SDK. Et c’est finalement une bonne nouvelle : l’éditeur ne promet pas seulement d’accélérer ses propres applications, il veut aussi rendre plus performante les applications des éditeurs tiers sans pour autant les brusquer ou engendrer des incompatibilités.
.NET MAUI passe à CoreCLR
Autre signal côté développeurs : .NET MAUI bascule vers CoreCLR avec .NET 11.
Historiquement, .NET reposait en effet sur deux moteurs d’exécution distincts : CoreCLR sur le serveur et le desktop, et Mono côté mobile (héritage de Xamarin/MAUI).
Microsoft annonce qu’avec la Preview 4 de .NET 11, Android, iOS et Mac Catalyst basculent eux aussi sur CoreCLR par défaut.
Il en résulte trois bénéfices avancés :
– un seul runtime à maintenir au lieu de deux ;
– les optimisations matures de CoreCLR (JIT étagé qui compile vite puis ré-optimise le code chaud, ReadyToRun qui pré-compile pour accélérer le démarrage, PGO qui ajuste les optimisations à partir des profils d’exécution réels) ;
– et surtout une convergence qui rapproche le mobile de NativeAOT, la compilation native anticipée qui supprime le besoin d’embarquer un runtime (un enjeu particulièrement sensible sur iOS).
Ce travail de fond est important pour simplifier l’accès à Windows aux développeurs multi-plateformes mais aussi pour la performance des applications.
La vraie nouveauté : Microsoft revient aux fondamentaux
Pris séparément, les derniers chantiers rendus publics par Microsoft depuis début avril peuvent davantage ressembler à de la maintenance technique. Mais mis bout à bout, ils dessinent une stratégie plus intéressante : Microsoft tente vraiment de regagner la confiance de ses utilisateurs par un travail de fond sur les fondations de son écosystème. Au passage, l’éditeur reconnaît sans ouvertement l’avouer que WinUI doit cesser d’être synonyme de lourdeur, que .NET MAUI doit s’aligner sur un runtime plus moderne, que toute la chaîne de développement Windows doit gagner en cohérence, et que la performance ne peut plus être traitée comme un simple sujet d’optimisation de dernière minute.
Démarrer plus vite, ouvrir les applications sans latence, alléger les frameworks, réduire les temps d’attente, fluidifier les interfaces et redonner aux applications Windows cette sensation de réactivité immédiate qui devrait être naturelle sur un système moderne… Microsoft revient aux fondamentaux. Espérons seulement que l’éditeur poursuive son effort sur la durée…
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