Après avoir augmenté les tarifs de Microsoft 365 pour y intégrer Copilot, Microsoft dévoile un nouveau plan premium à 99 dollars par utilisateur et par mois. Baptisé E7 « Frontier Suite », il regroupe productivité, IA agentique et cybersécurité en un seul SKU. Parallèlement, Agent 365 entend offrir aux DSI un plan de contrôle unifié pour gouverner la prolifération des agents IA en entreprise.
Microsoft a trouvé comment réjouir ses actionnaires et augmenter ses revenus simplement. Il lui suffit de monter les tarifs de Microsoft 365, une solution utilisée par 450 millions d’utilisateurs professionnels et plus de 90 millions de particuliers. Et l’éditeur a une excuse toute trouvée : l’IA ! Cette IA qui réinvente les usages et les solutions ouvrant de nouveaux horizons et de nouveaux marchés.
Le mouvement ne date pas d’hier. En 2022, Microsoft avait déjà revu à la hausse les prix de ses suites Office 365 et Microsoft 365, justifiant la chose par l’enrichissement fonctionnel des plans.
Puis, en 2024, l’arrivée de Copilot en tant qu’add-on à 30 dollars par utilisateur et par mois a marqué un nouveau palier : pour la première fois, l’accès complet à l’IA générative dans les applications bureautiques devenait un poste budgétaire à part entière.
Et fin 2025, Microsoft annonçait de nouvelles augmentations applicables à partir de juillet 2026 : E3 passant de 36 à 39 dollars, E5 de 57 à 60 dollars. L’éditeur invoque l’ajout de Copilot Chat, de fonctions IA avancées et de fonctions de sécurité supplémentaires pour justifier ces hausses.
Mais tout ceci n’est en réalité qu’un début. Car le véritable changement de paradigme vient d’ailleurs. L’avènement de l’IA agentique, ces agents capables d’exécuter des tâches multi-étapes de manière autonome, change profondément la donne et par voie de conséquences la facture, donc les budgets IT.
IDC prévoit 1,3 milliard d’agents IA en circulation d’ici 2028. Chez Microsoft, en interne, plus de 500 000 agents sont déjà actifs, générant quelque 65 000 réponses par jour.
Cette prolifération implique mécaniquement une consommation bien plus importante de ressources de calcul et d’inférences IA, mais aussi des besoins inédits de gouvernance, d’observabilité et de sécurité.
D’où la nécessité, vue de Redmond, d’un nouveau plan capable de financer cette infrastructure et d’en centraliser le contrôle. Et l’éditeur a profité de sa « Wave 3 » de Microsoft 365 Copilot pour concrétiser ses plans.
Microsoft 365 E7 : la « Frontier Suite » à 99 dollars
L’information ne vous aura sans doute pas échappé. Le tout puissant marketing de Microsoft a un nouveau concept à décliner à toutes les sauces : « les entreprises frontières » ! Ces « Frontier Firms », ont déjà démarré une « Frontier Transformation », version IA de la sacro-sainte « transformation numérique ». Les « entreprises frontières » sont celles qui commencent déjà à intégrer l’IA agentique au cœur de leurs opérations et de leur organisation, transformant leurs collaborateurs humains en managers d’agents IA.
Alors, forcément, il fallait pour ces entreprises une solution de pointe : la Suite Frontière ! Annoncé le 9 mars 2026, le plan Microsoft 365 E7, sous-titré « The Frontier Suite », sera disponible à l’achat à partir du 1er mai 2026 au prix catalogue de 99 dollars par utilisateur et par mois (avec ou sans Teams). C’est un bond de 65 % par rapport au tarif actuel du E5 (60 dollars post-hausse de juillet 2026) !
Concrètement, E7 unifie en un seul SKU : Microsoft 365 E5 (la suite de productivité et de sécurité haut de gamme), Microsoft 365 Copilot (à 30 dollars en standalone), Agent 365 (le nouveau plan de contrôle des agents IA, facturé 15 dollars en standalone, cf. ci-dessous), et la suite Microsoft Entra (gestion des identités, 12 dollars en standalone), le tout complété par les capacités avancées de Defender, Intune et Purview.
À la carte, ces composants s’élèvent à 117 dollars par utilisateur et par mois. L’offre E7 représente donc une économie d’environ 15 %… seulement !
Gartner ne se laisse d’ailleurs pas séduire et alerte les DSI sur le fait qu’un bundle plus ambitieux devrait offrir des remises plus conséquentes, comme c’était le cas historiquement entre E3 et E5. Or, ici, la remise est plus que réduite… Tout au moins sur le papier.
Microsoft veut faire de E7 le nouveau point d’entrée naturel de l’ère agentique, tout en stimulant les migrations vers E5 pour les entreprises encore sur E3. En sachant que la majorité de la base installée est déjà sur E5, mais que « E5 a été conçu avant le monde agentique ». Un monde qui mérite « sa Suite » (E7) et donc une rétribution financière plus élevée.
Agent 365 : le plan de contrôle de l’IA agentique
Les lecteurs attentifs auront remarqué que « E7 » intègre une nouvelle brique, bien évidemment pour l’ère agentique : Agent 365. Cette brique a été annoncée en novembre dernier à l’occasion de Microsoft Ignite 2025. Il s’agit d’une pièce maîtresse amenée à devenir une clé fondamentale des infrastructures collaboratives agentiques.
Agent 365 se positionne comme le plan de contrôle (« control plane ») unifié pour les agents IA d’entreprise. Son ambition : offrir aux équipes IT et sécurité un point unique d’observation, de gouvernance et de sécurisation de l’ensemble des agents déployés au sein de l’organisation, qu’ils soient natifs Microsoft ou tiers.
Concrètement, Agent 365 propose un registre central des agents, des tableaux de bord d’usage et de performance, des signaux de risques issus de Defender, Entra et Purview, et des modèles de politiques de sécurité configurables.
Selon Microsoft, en seulement deux mois de preview, des dizaines de millions d’agents ont été référencés dans le registre Agent 365, et des dizaines de milliers de clients l’utilisent déjà pour gouverner leurs agents à l’échelle.
Mais Gartner se montre plus réservé, qualifiant Agent 365 de « work in progress » avec des fonctionnalités encore limitées qui justifient difficilement le tarif que Microsoft en demande.
Car l’éditeur a en effet annoncé que Microsoft Agent 365 sera officiellement disponible en GA le 1er mai 2026 à 15 dollars par utilisateur et par mois en version standalone (elle est intégrée dans E7).
Derrière le marketing de la « Frontier Transformation », ces annonces traduisent une réalité économique très concrète. L’IA agentique coûte cher à opérer : les tâches multi-étapes, les inférences en continu, le maintien du contexte sur la durée consomment des ressources GPU significativement supérieures à un simple aller-retour conversationnel. Microsoft a investi plus de 100 milliards de dollars en datacenters et puces Nvidia sur l’année écoulée. Il faut bien rentabiliser cet investissement, et E7 en est l’instrument commercial.
Reste que pour les DSI, la question n’est plus de savoir si l’IA intégrée au poste de travail va faire monter la facture (c’est un fait accompli) mais de déterminer à quelle vitesse la valeur métier justifiera ce surcoût. Et le flou total règne encore. Ce qui explique d’ailleurs que seulement 3% de la base d’abonnés Microsoft 365 ait opté pour Copilot 365.
On comprend dès lors mieux cette histoire de « Frontier Firms ». Pour Microsoft, seules ces entreprises sont prêtes à payer 99 dollars par mois et par utilisateur et à trouver l’investissement justifié au regard de la maturité réelle de ces outils et de ces technologies. On imagine qu’entre les entreprises « Wait & See » et les « Frontier Firms », il y a aussi plein d’entreprises qui pragmatiquement mettent doucement en place de l’IA agentique en s’appuyant plus bêtement sur des solutions concurrentes (Claude Cowork, OpenAI Frontier & ChatGPT, Mistral Le Chat…) voire open source (OpenClaw…).
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