Databricks fait sauter les compteurs sur son dernier trimestre 2025 : ARR en hausse, IA qui pèse lourd, cash flow positif… et un rival historique qui se retrouve chassé plutôt que chasseur. Cerise sur le gâteau, une nouvelle levée de fonds XXL est annoncée. Du carburant supplémentaire pour accélérer une stratégie “agents-first” où Lakebase devient la base opérationnelle et Genie l’interface universelle. Prochaine étape pour l’éditeur : convaincre que l’IPO peut cohabiter avec un marché SaaS secoué par la thèse du “logiciel invisible”.
Databricks connaît une croissance assez phénoménale. L’éditeur a clôturé son quatrième trimestre 2025 en annonçant 5,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires annualisé (ARR) au quatrième trimestre de son exercice fiscal, soit une progression de plus de 65 % sur un an. Pour une entreprise non cotée en Bourse, c’est tout simplement du jamais vu dans l’histoire du logiciel d’entreprise. Peut-être plus remarquable encore : cette croissance s’accélère au lieu de ralentir. Au trimestre précédent (Q3), Databricks affichait 4,8 milliards de dollars en croissance de 55 %. Au Q2, c’était 4 milliards à plus de 50 %. Autrement dit, plus l’entreprise grossit, plus elle accélère. Mieux encore, Databricks a généré un free cash flow positif sur les douze derniers mois, prouvant que cette croissance explosive ne se fait pas au détriment de la rentabilité. L’entreprise affiche également un taux de rétention net supérieur à 140 %, avec plus de 800 clients dépensant plus d’un million de dollars par an et plus de 70 clients dépassant les 10 millions de dollars annuels.
Comparer Databricks à son rival direct Snowflake est un bon moyen de mesurer l’ampleur du phénomène Databricks. Il y a deux ans encore, Snowflake était le leader incontesté du marché, avec environ 2,8 milliards de dollars de revenus et une croissance de 35 %, contre 1,6 milliard pour Databricks. L’écart de chiffre d’affaires dépassait le milliard de dollars en faveur de Snowflake. Désormais, Databricks (qui n’a toujours pas fait son IPO) affiche une valorisation deux fois supérieure à la capitalisation boursière de Snowflake, croit deux fois plus vite et l’a dépassé à la fois en chiffre d’affaires annualisé et en nombre de clients à plus d’1 million de dollars de revenus annuels.
L’IA, moteur principal de la croissance
Le principal catalyseur de cette dynamique se résume à deux lettres : l’IA. Les produits d’intelligence artificielle de Databricks, ancrée au cœur de sa plateforme Lakehouse, représentent désormais 1,4 milliard de dollars de revenus annualisés, contre 1 milliard seulement un trimestre plus tôt au Q3.
Ali Ghodsi, cofondateur et PDG de Databricks, ne cache pas son ambition de voir l’entreprise perçue non plus comme un simple éditeur de plateforme de données, mais comme une véritable entreprise d’IA. Après tout, l’IA représente déjà plus d’un quart du chiffre d’affaires total de l’entreprise.
Une levée de fonds historique de 7 milliards de dollars
Pour financer cette offensive IA, Databricks annonce parallèlement compléter son précédent tour de table par une nouvelle levée de fonds complémentaire toujours assez colossale : plus de 7 milliards de dollars au total, comprenant environ 5 milliards en capital (dans le cadre de la Series L déjà annoncée) et 2 milliards de dettes supplémentaires. La valorisation reste à 134 milliards de dollars, un niveau qui place Databricks parmi les entreprises technologiques non cotées les plus valorisées au monde.
Parmi les investisseurs de cette levée, on retrouve des fonds assez incontournables à de tels niveaux, comme JPMorganChase (via sa division Security and Resiliency Initiative), Goldman Sachs, Morgan Stanley, ou encore le Qatar Investment Authority mais aussi Microsoft. La présence de ce dernier peut surprendre d’autant que l’offre Microsoft Fabric est un concurrent direct de l’offre Databricks. Mais en réalité, les deux entreprises sont des partenaires de longue data. Azure Databricks est un service first-party de Microsoft depuis 2018 (Databricks est directement intégré dans le portail Azure, vendu par les commerciaux de Microsoft, couvert par les contrats de support Microsoft, et soumis aux mêmes SLA que les autres services Azure) et Microsoft participe à chaque tour de table de Databricks depuis 2019.
Cette levée de fonds doit permettre à l’entreprise d’accélérer sur ses deux nouveaux paris stratégiques que son Lakebase et Genie. Le premier est une base de données serverless construite sur PostgreSQL, spécifiquement conçue pour les agents IA. L’idée est de fournir aux développeurs une base de données opérationnelle capable de servir de socle aux applications d’IA agentique. Lancé il y a six mois à peine, Lakebase compte déjà des milliers de clients et affiche un rythme de croissance deux fois supérieur à celui du produit historique de data warehousing de Databricks. Le second, Genie, est un assistant conversationnel alimenté par l’IA qui permet à n’importe quel collaborateur d’interroger ses données en langage naturel et permet ainsi de démocratiser l’accès à la donnée en sortant du cercle restreint des data engineers et data scientists pour toucher l’ensemble des métiers de l’entreprise.
« Le SaaS n’est pas mort, mais il va devenir invisible »
Avec ces résultats spectaculaires, la question de l’introduction en Bourse de Databricks se pose avec de plus en plus d’insistance. Ali Ghodsi n’a pas d’ailleurs exclu une IPO en 2026. Mais une ombre a surgi récemment. Les actions des éditeurs SaaS ont subi de lourdes corrections en Bourse ces dernières semaines. Éclairés par des propos de Satya Nadella tenus il y a plus d’un an (il expliquait comment les Agents IA allaient redéfinir les services et applications SaaS en prenant le relais de la logique métier jusqu’ici codée dans les Backends et affirmait « une fois que la couche IA deviendra l’endroit où réside toute la logique, les gens commenceront à remplacer les backends »), les investisseurs craignent aujourd’hui que l’IA ne rende obsolète le modèle traditionnel du logiciel en tant que service.
Ali Ghodsi se veut rassurant mais avance une thèse nuancée : « Tout le monde se demande ce que l’IA va faire à toutes ces entreprises SaaS. Pour nous, elle augmente l’usage ». L’IA n’enterre pas le SaaS, elle en change l’usage et l’interface va disparaître. Ghodsi met en garde contre la perte d’un des principaux avantages compétitifs historiques des éditeurs SaaS : la maîtrise de l’interface par des cohortes d’experts‑utilisateurs. « Des millions de personnes dans le monde se sont formées sur ces interfaces utilisateur. C’était le plus grand avantage concurrentiel de ces entreprises. Mais quand l’interaction se résume à une conversation en langage naturel, le logiciel devient invisible, comme de la plomberie ». Le SaaS ne meurt pas, il perd sa pertinence utilisateur. Preuve en est, 80 % des bases de données créées sur Databricks le sont désormais par des agents IA, et non par des humains. C’est cette conviction qui sous-tend les investissements dans Lakebase et Genie : si demain le logiciel est piloté par des agents plutôt que par des clics, c’est la couche de données qui devient le véritable champ de bataille.
Ainsi, la bataille du Data Lakehouse reste bien présente mais elle se déplace vers les frameworks IA agentiques au-dessus des données parce que c’est eux qui vont désormais structurer les usages. Le choix d’une plateforme de données n’est plus un arbitrage technique entre lakehouse et data warehouse, c’est un pari sur la capacité de cette plateforme à devenir le socle opérationnel des agents IA qui, demain, exécuteront une part croissante de la logique métier. Un pari qui exige aussi de repenser la gouvernance des données, la cybersécurité, la gestion des compétences internes et l’orchestration d’une flotte d’agents amenés à se multiplier comme des petits pains frais.
Reste à surveiller les résultats du concurrent Snowflake, qui seront publiés le 25 février prochain. L’éditeur va devoir démontrer que sa propre stratégie IA, portée par Cortex AI, Snowflake Intelligence et un partenariat renforcé avec Anthropic, lui permet de résister à la folle ascension de Databricks.





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