Windows 11 commence enfin à traiter ses vieux démons au lieu de les maquiller sous de nouvelles couches marketing. Performances, Widgets, barre des tâches, Insider et respect des choix utilisateur passent au crible d’un Microsoft visiblement décidé à reprendre la main.
Un peu à la surprise générale, Microsoft reconnaissait il y a six mois que Windows 11 avait bien plus qu’un problème d’image et souffrait de sérieux problème d’ergonomie, de performance et de respect des choix des utilisateurs. L’idée n’était pas de supprimer toute sorte d’ « enshittification » (qui consiste à forcer la présence et usage des services de l’éditeur même si l’éditeur n’en a pas vraiment besoin) mais de corriger le poids accumulé de changements de stratégies, de fonctionnalités non optimisées, de manque de vision à long terme, de décisions plus marketing qu’utiles.
En février 2026, Pavan Davuluri, patron de la division Windows + Devices, prenait la parole pour reconnaître publiquement la liste des griefs accumulés : barre des tâches bridée, Explorateur de fichiers poussif, Windows Update intrusif, mémoire mal gérée, surfaces graphiques hétérogènes.
La semaine dernière, lors d’un call avec les investisseurs, Satya Nadella, le CEO de Microsoft, enfonçait le clou en reconnaissant : « Nous faisons le travail de fond nécessaire pour regagner les fans et renforcer l’engagement autour de Windows 11, Bing et Edge. À court terme, nous nous concentrons sur les fondamentaux, la qualité et le service de nos utilisateurs les plus fidèles. »
Microsoft promet une année 2026 dédiée à réparer Windows pour améliorer ses performances, sa fiabilité et le respect des choix utilisateur. Etl’éditeur passe des intentions aux actes. Les premières livraisons de mars-avril ont confirmé l’orientation (Explorateur accéléré, repositionnement de la barre des tâches de retour, Windows Update moins agressif), mais c’est surtout la refonte du programme Insider qui change la donne en rendant visibles, version après version, les vraies priorités de Redmond.
Exit la valse Dev / Beta / Canary, devenue illisible. Microsoft consolide l’expérience autour de deux canaux : Experimental et Beta. Le premier reçoit les fonctionnalités les plus précoces, désormais activables ou non via une nouvelle page Indicateurs de fonctionnalités (Feature flags) dans Windows Update. Le second cesse les déploiements graduels contrôlés, cette loterie où chacun lisait l’annonce d’une nouveauté qu’il n’avait jamais sur sa machine. Désormais, ce qui est annoncé dans les notes de version est livré, point.
Et justement, le passage cette semaine des Windows Insiders sur les deux nouveaux canaux permet de découvrir quelques nouveautés particulièrement bien venues.
Win+R : la relique de Windows 95 enfin réécrite
Trente ans que la boîte de dialogue Exécuter affichait fièrement son apparence héritée de Windows 95. L’équipe Windows Terminal et PowerToys vient de la réécrire intégralement en C# / WinUI 3, compilée en AOT .NET, et alignée sur le design Fluent de Windows 11, mode sombre inclus.
On voit déjà certains d’entre vous faire la grimace : plus beau, chez Microsoft a jusqu’ici toujours rimé avec lenteur et artifices inutiles.
Et bien pas cette fois. L’éditeur a soigné le chronomètre et s’est appuyé sur les années de retour d’expérience des PowerToys. Microsoft revendique un délai d’affichage médian de 94 ms, contre 103 ms pour la version historique !
Côté ergonomie, le bouton Parcourir part à la trappe : la télémétrie de l’éditeur indique 0,0038 % d’utilisateurs cliqueurs. Sur les 1,6 milliards d’utilisateurs de Windows, cela représente à peine 60.000 utilisateurs. Il y a donc mieux à faire.
À la place, Microsoft intègre le moteur du Command Palette (CmdPal) des PowerToys ! Typiquement, il suffit de taper ~\ pour ouvrir directement le répertoire utilisateur, et l’on peut ensuite naviguer comme dans un terminal. À activer manuellement via Paramètres > Système > Avancé sur le canal Experimental.
Widgets : Microsoft baisse enfin le volume
Deuxième front : les Widgets, jusqu’ici champions toutes catégories de la notification non sollicitée et de la publicité pas plus sollicitée. Microsoft les bascule en mode calme par défaut : plus d’ouverture au survol de la souris, plus de pastilles sur la barre des tâches, et la fenêtre s’ouvre désormais sur l’expérience Widgets elle-même au premier lancement. Les amateurs de distractions permanentes pourront tout réactiver dans les réglages, mais la philosophie par défaut change enfin de camp. Et le raccourci [Windows]+[W] reste opérationnel pour les appeler quand on en a besoin.
Gestionnaire des tâches : le NPU enfin sous surveillance
Côté observabilité, le Gestionnaire des tâches s’enrichit de nouvelles colonnes optionnelles NPU et NPU Engine sur les onglets Processus, Utilisateurs et Détails. La page Détails ajoute même NPU Dedicated Memory et NPU Shared Memory. Pour les DSI qui déploient des Copilot+ PC en flotte, savoir précisément quelle application monopolise le moteur neuronal devient un vrai sujet — surtout quand l’IA locale se généralise dans Microsoft 365, Adobe et les outils métiers.
L’enshittification est-elle derrière nous ?
Tout cela compose un message cohérent. Les équipes Windows livrent les premiers résultats de leurs efforts de « réparation » de Windows. Boîte Exécuter dépoussiérée, Widgets bridés, programme Insider remis d’aplomb, performances en hausse sur la barre des tâches et l’affichage des tâches. En quelques semaines, Windows 11 a davantage progressé dans le bon sens que ces deux dernières années. Voir Microsoft se pencher de nouveau sur les fondamentaux qui font un bon OS est encourageant.
Bien sûr, il parait peu probable que l’éditeur fasse réellement marche arrière sur les intégrations (abusives ? forcées ?) de ces services tels que OneDrive, Azure Backup, Defender, Microsoft 365, etc. Mais le voir plus à l’écoute des remarques des utilisateurs est déjà un mieux important.
À Microsoft, désormais, de prouver version après version qu’il peut réellement concrétiser les bonnes intentions affichées.
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