Anthropic frappe un grand coup avec une Series G de 30 milliards de dollars, un tour XXL record qui la propulse dans le club ultra fermé des méga-levées privées et rebat les cartes face à OpenAI. Cette puissance de feu vise à accélérer simultanément modèles, produits et infrastructure, avec Claude comme fer de lance pour s’imposer durablement sur l’IA d’entreprise.
L’IA d’entreprise n’est plus un sujet de prospective pour les DSI. C’est désormais un poste budgétaire, un levier de productivité et, de plus en plus, un critère de compétitivité. En moyenne, les grandes entreprises ont dépensé 7 millions de dollars en modèles de langage en 2025 (en hausse de 180 % sur un an selon Andreessen Horowitz) et les projections tablent sur 11,6 millions en 2026.
C’est dans ce contexte d’accélération que la startup Anthropic vient de frapper un gros coup en annonçant une nouvelle levée de fonds XXL de 30 milliards de dollars en Series G. De quoi propulser sa valorisation à 380 milliards de dollars, soit plus du double de sa valorisation de septembre dernier (183 milliards).
Il s’agit tout simplement de la deuxième plus grosse levée de fonds privée de l’histoire de la tech, juste derrière les 40 milliards d’OpenAI bouclés l’an dernier.
Claude, la machine à croissance
Fondée en 2021 par d’anciens chercheurs d’OpenAI (dont Dario et Daniela Amodei), Anthropic est plus particulièrement connue pour son modèle de langage Claude qui a su séduire massivement les entreprises. Les chiffres donnent le tournis : il y a moins de trois ans, l’entreprise n’avait pas encore généré un seul dollar de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, son revenu annualisé atteint 14 milliards de dollars, avec une croissance supérieure à x10 chaque année. Environ 80 % de ce chiffre d’affaires provient des entreprises. Le nombre de clients dépensant plus d’un million de dollars par an est passé d’une douzaine à plus de 500 en deux ans. Et huit des dix plus grandes entreprises du Fortune 10 utilisent désormais Claude.
Son produit phare du moment n’est autre que le très médiatisé « Claude Code », un outil de codage agentique lancé en mai 2025 dont l‘adoption a littéralement explosé. Son revenu annualisé dépasse 2,5 milliards de dollars (un chiffre qui a plus que doublé depuis début 2026), ses abonnements entreprises ont quadruplé depuis janvier et les clients corporate représentent désormais plus de la moitié de ses revenus. Selon SemiAnalysis, 4 % de tous les commits publics sur GitHub dans le monde seraient désormais rédigés par Claude Code, un chiffre qui a doublé en un mois. Au-delà du code, Claude s’étend à l’analyse financière, à la vente, à la cybersécurité et à la recherche scientifique.
Côté modèles, le dernier-né, Claude Opus 4.6 (lancé début février), domine les benchmarks sur les tâches intellectuelles à forte valeur ajoutée (finance, juridique) via le référentiel GDPval-AA, surpassant le GPT-5.2 d’OpenAI.
Et avec Cowork, lancé en janvier, Anthropic étend les capacités de Claude Code à l’ensemble du travail de connaissance, avec onze plugins open source pour transformer Claude en spécialiste de fonctions comme la vente, le juridique ou la finance. L’entreprise a également obtenu la conformité HIPAA pour son offre Enterprise, ouvrant ainsi les portes du secteur de la santé.
Les détails de la levée
Le nouveau tour de table a été mené par le fonds souverain singapourien GIC et Coatue. Les co-investisseurs sont D. E. Shaw Ventures, Dragoneer, Founders Fund (Peter Thiel), ICONIQ et MGX (Abu Dhabi). La liste des participants ressemble à un who’s who de la finance mondiale : Sequoia Capital, BlackRock, Fidelity, Goldman Sachs, Temasek, Qatar Investment Authority, Jane Street, JPMorganChase, Morgan Stanley, Lightspeed…
Le tour intègre aussi une partie des investissements annoncés par Microsoft (jusqu’à 5 milliards) et NVIDIA (jusqu’à 10 milliards).
Fait notable : la demande a largement dépassé l’objectif initial, poussant Anthropic à augmenter le volume de 10 milliards de dollars en cours de route.
« Qu’il s’agisse d’entrepreneurs, de startups ou des plus grandes entreprises du monde, le message de nos clients est le même : Claude devient de plus en plus essentiel à leur façon de travailler », résume Krishna Rao, directeur financier d’Anthropic.
30 milliards, pour quoi faire ?
Ce nouvel investissement XXL va nourrir trois axes. D’abord, la recherche fondamentale sur les modèles de pointe, pour maintenir l’avance prise avec Opus 4.6. Ensuite, le développement produit, avec l’expansion de Claude Code, Cowork et les intégrations sectorielles (santé, finance, juridique). Enfin, et c’est sans doute le poste le plus gourmand, l’infrastructure. Claude est le seul modèle d’IA frontière disponible simultanément sur les trois hyperscalers : AWS (Bedrock), Google Cloud (Vertex AI) et Microsoft Azure (Foundry). L’entreprise entraîne ses modèles sur un mix de puces Trainium (AWS), TPU (Google) et GPU (NVIDIA), ce qui lui permet d’optimiser les charges de travail et d’offrir une résilience accrue à ses clients. Une stratégie multi-cloud que les DSI apprécieront tout particulièrement.
Une concurrence féroce
Le timing de cette annonce n’est pas anodin. OpenAI reste le leader en termes de pénétration (77 % des entreprises interrogées par a16z l’utilisent), négocie elle aussi une nouvelle levée qui pourrait dépasser les 100 milliards de dollars et pousse activement son propre outil de codage agentique, Codex (GPT-5.3-Codex).
Fait inédit dans la Silicon Valley : les deux rivaux partagent désormais de nombreux investisseurs communs, dont Sequoia, Altimeter, Founders Fund, Microsoft et NVIDIA.
Google reste un concurrent de taille avec ses modèles Gemini (750 millions d’utilisateurs) et ses 185 milliards de dollars de capex IA prévus en 2026. Meta projette jusqu’à 135 milliards et Amazon, partenaire stratégique d’Anthropic, 200 milliards. Parallèlement, GitHub Copilot (Microsoft/OpenAI) conserve une base installée importante chez les développeurs tout en s’ouvrant de plus en plus aux modèles d’Anthropic.
Reste que pour beaucoup d’observateur, Anthropic est désormais devenue la référence de l’IA d’entreprise. La jeune pousse gagne du terrain à grande vitesse : partie de zéro début 2024, la startup touche désormais 40 % des entreprises en production, avec un taux de mise en production (75 %) qui dépasse même celui d’OpenAI (46 %).
Avec une telle manne financière, Anthropic a désormais les moyens de s’inscrire dans la durée en tant que fournisseur d’IA critique. Dans un marché où le choix d’un partenaire IA engage l’architecture logicielle et les processus métier de toute l’organisation, la solidité financière est un critère important. La stratégie multi-cloud, rare parmi les fournisseurs d’IA de pointe, offre la flexibilité nécessaire pour éviter le verrouillage propriétaire. Et l’engagement historique d’Anthropic sur la sécurité de l’IA (Responsible Scaling Policy, conformité HIPAA, alignement des modèles) constitue un argument de poids dans les secteurs réglementés.
Cerise sur le gâteau, Anthropic préparerait une introduction en bourse dans le courant de l’année 2026, ce qui en ferait l’une des plus importantes IPO tech de l’histoire. A suivre donc…





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