La conférence Google Cloud Next’26 ouvre aujourd’hui ses portes à Las Vegas. Sans surprise, Gemini Enterprise est la grande star de l’évènement. L’éditeur a dévoilé une refonte profonde de sa pile IA pour entreprises. Au centre du dispositif : Gemini Enterprise Agent Platform, évolution directe de Vertex AI, pensée pour industrialiser la création, la gouvernance et l’exploitation de flottes d’agents autonomes. Une réponse frontale à la pression des DSI, tiraillés entre urgence d’exécution et exigence de maîtrise.

Depuis douze mois, le discours des géants de la Tech a basculé. Exit les chatbots de productivité, place aux « agents » capables d’exécuter des séquences de tâches, de piloter des applications, d’orchestrer des workflows métiers de bout en bout et en toute autonomie. Chat échaudé craint l’eau froide. Nourris par l’expérience des assistants génératifs, les DSI ne veulent plus tester des POC isolés, ils veulent déployer, superviser et rentabiliser l’IA agentique qui commence déjà à profondément taper dans leurs budgets. Quant aux RSSI, ils s’alarment avec raison : qui signe quoi, avec quels droits, quelles traces, quelles limites ? L’agentique autonome est une belle promesse aux risques innombrables alors que l’absence de maturité et d’orchestration se fait cruellement sentir.

Cette demande d’industrialisation a relancé une course effrénée. Microsoft a mis sur la table son Agent 365 et son Copilot Cowork, AWS pousse Bedrock AgentCore et Kiro, Salesforce muscle Agentforce avec sa stratégie « Headless 360 », ServiceNow avance son AI Agent Fabric, OpenAI mise sur sa plateforme « Frontier » adossée à son Codex récemment devenu très généraliste..
La fragmentation qui en résulte est devenue le problème numéro un : selon Google Cloud lui-même, la menace n’est plus le manque d’agents mais leur prolifération incontrôlée, ce fameux « agent sprawl » qui rappelle furieusement le shadow IT des débuts du SaaS et qui donne naissance à une Shadow Agentique de grande ampleur..

C’est dans ce contexte que Thomas Kurian, PDG de Google Cloud, a martelé à Las Vegas sa doctrine : la nouvelle ère de l’IA de production ne se jouera pas sur des briques empilées, mais sur une pile unifiée, co-développée de la puce au workflow. Message clairement destiné aux DSI qui cherchent à consolider leur stack plutôt qu’à multiplier les intégrations. Un message déjà entendu chez les concurrents…

Gemini Enterprise, de la suite IA au système « end-to-end »

Pour rappel, Gemini Enterprise n’est pas une nouveauté. Google Cloud avait levé le voile sur cette offre en octobre 2025, en regroupant sous une même bannière ses capacités IA pour les collaborateurs : agents prêts à l’emploi, assistant conversationnel ancré dans les données de l’entreprise via connecteurs, studio de création d’agents, gouvernance centralisée. Une réponse directe à Microsoft Agent 365 et Copilot 365, positionnée comme la « porte d’entrée » de l’IA pour chaque salarié.

En six mois, Google affirme avoir observé une adoption soutenue : l’éditeur revendique +40 % de croissance séquentielle du nombre d’utilisateurs actifs mensuels payants sur Gemini Enterprise au premier trimestre 2026, et 16 milliards de tokens traités par minute sur ses modèles maison, contre 10 milliards au trimestre précédent. Des chiffres à prendre avec la prudence d’usage, mais qui valident un constat partagé par toute l’industrie : les usages passent à l’échelle.

À Next ‘26, Google ne se contente donc plus d’une « suite ». L’éditeur promet désormais un « système de bout en bout pour l’ère agentique », articulé en trois briques : la plateforme de développement Gemini Enterprise Agent Platform, l’application Gemini Enterprise pour les métiers, et un écosystème ouvert d’agents partenaires. Le tout reposant sur une seule couche de gouvernance.

Agent Platform : l’évolution (et l’absorption) de Vertex AI

Gemini Enterprise Agent Platform est sans aucun doute l’annonce phare de ce Google Cloud Next ‘26. Présentée comme « l’évolution » de Vertex AI, elle absorbe progressivement la plateforme historique de développement IA de Google : toutes les évolutions futures de Vertex seront livrées via Agent Platform, qui devient le point d’entrée unique pour les équipes techniques.

L’Agent Platform donne accès à plus de 200 modèles via Model Garden : Gemini 3.1 Pro, Gemini 3.1 Flash Image (moteur du nouveau Nano Banana 2), Lyria 3 pour l’audio, la famille open Gemma 4, mais aussi les modèles d’Anthropic – Claude Opus, Sonnet, Haiku – et le tout nouveau support de Claude 4.7 annoncé à cette occasion. Google insiste sur la liberté de choix : aux DSI de sélectionner « le bon modèle pour le bon usage ».

La plateforme s’organise autour de quatre blocs fonctionnels, pensés pour couvrir tout le cycle de vie des agents :

* Build. Agent Studio pour le low-code en langage naturel, un Agent Development Kit (ADK) upgradé avec un framework « graph-based » pour orchestrer des sous-agents, et Agent Garden qui propose des templates prêts à l’emploi (analyse financière, modernisation de code, traitement de factures…).

* Scale. Un nouveau Agent Runtime avec démarrage à froid inférieur à la seconde, la prise en charge d’agents persistants pouvant tourner jusqu’à sept jours d’affilée grâce à Agent Sessions, et une Agent Memory Bank qui dote les agents d’une mémoire long terme via des Memory Profiles. De quoi traiter des tâches de type réconciliation financière ou prospection commerciale de bout en bout. S’y ajoute une infispensable Agent Sandbox pour tester, valider et sécuriser les agents avant leur déploiement en production.

* Govern. Le volet qui adresse frontalement les inquiétudes des RSSI. Agent Identity attribue à chaque agent une identité cryptographique unique avec politiques d’autorisation ; Agent Registry centralise l’inventaire des agents, outils et compétences validés ; Agent Gateway, adossé à Model Armor, joue le rôle de « contrôle aérien » en bloquant injections de prompt, empoisonnement d’outils et fuites de données. Une détection d’anomalies comportementales, Agent Anomaly Detection, s’ajoute en temps réel à cet édifice de contrôle de l’IA Agentique. Agent Security complète le dispositif avec un tableau de bord unifié, issu du Security Command Center, qui cartographie les relations entre agents et modèles, automatise la découverte d’actifs et scanne les vulnérabilités des environnements sous-jacents. Enfin, Agent Compliance assure la traçabilité réglementaire et la conformité des interactions, garantissant que chaque agent opère dans les limites des politiques internes et des standards sectoriels.

* Optimize. Agent Simulation permet de stress-tester les agents contre des utilisateurs synthétiques avant mise en production ; Agent Evaluation score les performances en direct ; Agent Observability (avec sa télémétrie conforme à OpenTelemetry) trace les chaînes de raisonnement ; Agent Optimizer suggère automatiquement des ajustements d’instructions pour corriger les échecs récurrents.

L’application Gemini Enterprise : l’agentique entre les mains des métiers

Côté utilisateurs finaux, l’application Gemini Enterprise hérite directement des capacités de l’Agent Platform : tout agent bâti côté développeur peut être poussé immédiatement aux collaborateurs, avec la même couche de gouvernance. L’objectif affiché est de « tuer » le shadow AI en offrant une alternative managée, pas de la barrer à coups d’interdictions.

Parmi les nouveautés à noter : un Agent Designer no-code enrichi pour créer des agents complexes en langage naturel, avec nœuds déterministes et checkpoints humains ; des Skills réutilisables pour codifier les savoir-faire métiers ; des long-running agents capables de travailler des heures ou des jours en arrière-plan ; une Inbox qui centralise la supervision (« Demande votre input », « Erreurs », « Terminé ») ; des Projects pour faire collaborer équipes humaines et agents autour d’un contexte partagé ; et un Canvas permettant d’éditer Docs et Slides sans quitter l’application avec, point important, une interopérabilité Microsoft 365.

Deux briques techniques complètent le dispositif : le support BYO-MCP pour brancher des outils internes via le protocole Model Context Protocol, et un Agent Gallery fusionné avec le Marketplace pour découvrir et déployer à la demande des agents d’Atlassian, Box, Oracle, ServiceNow, Workday, Adobe, Salesforce ou encore Lovable, directement depuis l’interface.

Soyons francs, rien de tout ceci n’est très nouveau ni très original. La Gemini Enterprise Agent Platform ressemble furieusement à ce que Microsoft a présenté à Ignite 2025 avec Agent 365, Work IQ, Fabric IQ et Foundry IQ. On retrouve les mêmes idées, la même approche et des briques très similaires chez AWS avec les évolutions, annoncées lors de Re:Invent’2025, de Bedrock, AgentCore, Kiro, et Amazon Quick Suite.

Mais l’approche de Google a le mérite de s’appuyer sur une fondation très populaire et appréciée, Vertex AI. Et la vision paraît aujourd’hui des plus complètes même si elle est, forcément, très intégrée à tout l’écosystème Data et IA de Google Cloud.

Avec Gemini Enterprise Agent Platform, l’hyperscaler formalise sa vision d’une entreprise pilotée par des flottes d’agents gouvernés, observables et interopérables. L’offre se distingue par sa capacité à combiner développement low-code et pro-code, par son ouverture aux modèles tiers (c’est aussi vrai chez les concurrents) et par sa gouvernance unifiée entre la plateforme technique et l’application métier.

Bref, l’ère des flottes d’agents arrive à grands pas. Reste la grande question : entre Microsoft, AWS, Salesforce, ServiceNow et Google, qui réussira à faire tenir la promesse de l’« entreprise agentique » à l’échelle et, surtout, à un TCO supportable ? Les prochains trimestres trancheront. Mais tous les acteurs ont désormais leur vision, et les briques qui la concrétisent, bien en place.

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