Le cloud, et plus encore le multicloud, s’impose aujourd’hui comme un levier de compétitivité incontournable pour les petites et moyennes entreprises françaises

L’exemple de Daily Solution, éditeur français de logiciels de gestion de flotte, est à cet égard éloquent. Lors d’un échange que j’ai eu la chance d’avoir récemment avec cette startup pendant une conférence où nous étions sur scène avec deux autres grands groupes américains de la tech, IBM et HYCU, celle-ci décrivait une migration réussie depuis AWS vers plusieurs hébergeurs européens, orchestrée grâce à une couche d’abstraction permettant d’agréger des serveurs de provenances diverses. Les bénéfices sont tangibles : une facture divisée par six, des performances brutes équivalentes, une résilience renforcée par la distribution géographique des services, et surtout un affranchissement du verrouillage technologique (vendor lock-in) qui menace toute entreprise trop dépendante d’un seul hyperscaler.

Pour une PME ou une ETI, le multicloud représente ainsi une triple promesse : maîtrise des coûts, souveraineté sur les données, un argument de plus en plus décisif auprès des clients français, et continuité d’activité en cas de défaillance d’un fournisseur. L’open source et la conteneurisation jouent ici un rôle de catalyseur, en rendant les architectures portables et en démocratisant l’accès à des technologies autrefois réservées aux grands groupes.

Pourtant, cette liberté retrouvée n’est pas sans contreparties, et il serait naïf de présenter le multicloud comme une solution miracle pour les entreprises

Multiplier les fournisseurs, c’est aussi multiplier les surfaces d’attaque : chaque hébergeur, chaque environnement constitue une porte d’entrée potentielle pour les cyberattaquants, qui ciblent désormais en priorité les sauvegardes avant de chiffrer les systèmes. La complexité opérationnelle explose : il faut sécuriser, monitorer, auditer et maintenir des environnements hétérogènes, souvent avec des équipes réduites et sans département cybersécurité dédié.

L’exemple de cette startup française était typique : selon son CTO, l’expérience utilisateur des cloud providers français nécessite parfois de la persévérance, là où les hyperscalers américains offrent une fluidité industrielle. Se pose également la question de la gouvernance des données dans un contexte géopolitique instable : les risques d’injonction extraterritoriale, les fusions-acquisitions de fournisseurs cloud qui peuvent changer du jour au lendemain la juridiction applicable aux données hébergées, ou encore les exigences croissantes de conformité (NIS 2, RGPD, DORA, SecNumCloud) représentent autant de défis que les PME doivent anticiper sans toujours disposer des ressources nécessaires. Des acteurs comme Commvault, HYCU, Rubrik, spécialisés dans la protection multicloud et multi-SaaS ou encore NetApp avec son expertise leader sur le marché de stockage de données, permettent des approches de cloud privé ou souverain et illustrent la diversité des réponses que les grands constructeurs et éditeurs internationaux apportent à ces enjeux de cybersécurité, de gouvernance, d’IA et de souveraineté, mais leurs solutions restent souvent dimensionnées pour des organisations de taille significative.

La voie de la sagesse, pour les PME françaises, réside donc dans une approche pragmatique et progressive du multicloud, guidée par l’analyse des risques plutôt que par le dogmatisme technologique

L’expérience de Daily Solution montre qu’une migration réussie repose sur des prérequis concrets : une architecture applicative déjà conteneurisée, une stratégie claire de placement des données et des workloads, et le recours à des couches d’orchestration qui gomment la complexité sous-jacente. La souveraineté ne se décrète pas ; elle se construit sur quatre piliers, la maîtrise des données, des opérations, des choix technologiques et de la gouvernance, que chaque entreprise doit calibrer en fonction de sa criticité métier et de ses obligations réglementaires. Pour les structures qui ne disposent pas d’équipe sécurité dédiée, s’appuyer sur les référentiels des régulateurs constitue déjà un garde-fou efficace. L’open source, enfin, demeure un levier essentiel de réversibilité et d’autonomie, à condition d’en assurer la maintenance, éventuellement via des services managés.

En définitive, le multicloud n’est ni une fin en soi ni un luxe réservé aux grandes entreprises : c’est un choix d’architecture stratégique qui, bien préparé, permet aux PME et ETI françaises de conjuguer performance, résilience et souveraineté dans un paysage numérique de plus en plus incertain.

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Par Philippe Charpentier, Directeur Technique de NetApp France

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