Microsoft signe un nouveau trimestre de très haute altitude. Le chiffre d’affaires grimpe de 18 %, le bénéfice net de 23 %, Azure accélère encore à 40 %. Mais derrière la démonstration financière, une autre réalité s’impose : pour rester dans la course à l’IA agentique, Microsoft va dépenser 190 milliards de dollars en investissements. Une somme que la firme de Redmond va devoir transformer en revenus IA récurrents, et vite… Car Wall Street doute…

Microsoft avait déjà bouclé son année fiscale 2025 en mode rouleau compresseur : 281,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 15 %, 101,8 milliards de bénéfice net, en progression de 16 %, et une activité Intelligent Cloud portée par Azure, dont la croissance annuelle atteignait 34 %. Mais l’exercice avait aussi montré le revers de la médaille : la marge brute du Microsoft Cloud reculait à 69 %, affectée par la montée en charge de l’infrastructure IA. Autrement dit, Microsoft gagnait plus, mais l’IA commençait déjà à peser lourd dans la salle des machines.

Azure, moteur à réaction du trimestre

Il fut un temps où Microsoft publiait ses résultats et le monde de l’IT s’arrêtait sur le sort de Windows. Cette époque est révolue. Désormais tous les yeux sont tournés vers l’Azure…

Pour son troisième trimestre fiscal 2026, clos le 31 mars, Microsoft affiche 82,9 milliards de dollars de revenus trimestriels, en hausse de 18 %, un résultat opérationnel de 38,4 milliards, en hausse de 20 %, et un bénéfice net de 31,8 milliards, en progression de 23 %.

Satya Nadella résume ainsi le trimestre : « Nous nous concentrons sur la fourniture d’infrastructures et de solutions cloud et IA qui permettent à chaque entreprise de maximiser ses résultats à l’ère de l’informatique agentique. Notre activité IA a dépassé un rythme annuel de revenus de 37 milliards de dollars, en hausse de 123 % sur un an. »

Le vrai moteur du groupe reste le Cloud et plus particulièrement Azure. Le segment Intelligent Cloud atteint 34,7 milliards de dollars, en croissance de 30 %. Dans cet ensemble, Azure et les autres services cloud progressent de 40 %. Microsoft Cloud, qui agrège Azure, Microsoft 365 Commercial Cloud, Dynamics 365 et une partie de LinkedIn, monte à 54,5 milliards de dollars, soit +29 %.

« Les résultats ont dépassé nos attentes car nous avons livré de la capacité plus tôt dans le trimestre, ce qui a permis d’augmenter la consommation des services IA et non IA. La demande des clients reste supérieure à la capacité disponible » souligne néanmoins Amy Hood, CFO de Microsoft, donne la clé du trimestre :

L’IA agentique change déjà le modèle économique

Microsoft ne vend plus seulement des licences, des abonnements et du cloud. Le groupe prépare une économie mixte où l’utilisateur, l’agent logiciel et la consommation de tokens deviennent les trois étages de la facture. Satya Nadella parle de « l’un des basculements de plateforme les plus importants », où les agents deviendront une charge de travail dominante et modifieront toute la pile technologique.

Cette bascule se voit déjà dans Microsoft 365 Copilot. L’entreprise revendique désormais plus de 20 millions de sièges payants, avec des ajouts de sièges en hausse de 250 % sur un an. Accenture dépasse à elle seule 740 000 sièges, tandis que Bayer, Johnson & Johnson, Mercedes et Roche se sont engagés sur au moins 90 000 sièges chacun. Les chiffres sont flatteurs, mais doivent être remis en perspective : la base totale Microsoft 365 dépasse les 450 millions de sièges. Autrement dit, à peine 4,4 % des utilisateurs payent pour la couche Copilot. Un taux de pénétration qui s’améliore d’un trimestre sur l’autre, certes, mais qui reste modeste face aux ambitions affichées et au capex consenti.

Surtout, Microsoft prépare un virage tarifaire majeur. Selon Amy Hood, Microsoft 365 va évoluer d’un modèle par siège vers un modèle hybride mêlant licence et consommation, à l’image de ce qui se pratique déjà dans Azure et de ce vers quoi GitHub Copilot a basculé. Concrètement : les sièges resteront, avec des « droits d’usage » de base inclus, et les clients gros consommateurs souscriront à des « packs de consommation » additionnels. Pour les DSI, cela signifie qu’il va falloir reprendre la calculette et budgéter une enveloppe IA variable, à côté du forfait habituel.

La vraie monétisation de l’IA viendra de l’usage intensif, des agents autonomes, des crédits de consommation, des engagements à long terme et de la capacité à rattacher ces coûts à des gains métiers mesurables.

La croissance a un prix : 190 milliards de dollars

Au troisième trimestre fiscal, Microsoft a engagé 31,9 milliards de dollars de dépenses d’investissement, en hausse de 49 % sur un an. Et ce n’est qu’un échauffement.

« Nous nous attendons à ce que les dépenses d’investissement dépassent 40 milliards de dollars [au quatrième trimestre fiscal] à mesure que nous continuons à mettre de nouvelles capacités en service », a précisé la directrice financière. Avant d’enchaîner sur l’horizon annuel : « Pour l’année civile 2026, nous prévoyons d’investir environ 190 milliards de dollars en dépenses d’investissement. »

C’est ici que le trimestre devient moins magique. Microsoft a certes généré 46,7 milliards de dollars de cash-flow opérationnel, mais son free cash-flow tombe à 15,8 milliards sous l’effet des investissements d’infrastructure.

La suite sera encore plus lourde. Microsoft prévoit plus de 40 milliards de dollars de capex au trimestre suivant et environ 190 milliards de dollars sur l’année civile 2026. Cent quatre-vingt-dix milliards ! À titre de comparaison, c’est plus du double de l’effort consenti sur l’année civile 2024, et largement au-dessus du précédent record. Sur ces 190 milliards, Amy Hood a précisé qu’environ 25 milliards sont liés à la flambée des prix des composants, mémoires et accélérateurs en tête, sur fond de pénurie persistante. Le contexte géopolitique – tensions sur les semi-conducteurs avancés, restrictions à l’export, incertitudes tarifaires – pèse directement sur la facture.

C’est le paradoxe du moment : Azure accélère parce que l’IA explose, mais l’IA force Azure à investir à une échelle industrielle inédite. Les datacenters deviennent l’usine invisible de la croissance. Et cette usine consomme des GPU, de l’énergie, du foncier, des serveurs, du refroidissement, des contrats long terme et beaucoup de cash. C’est vrai chez Azure, comme chez AWS et chez Google Cloud.

Pendant ce temps, Windows et Xbox font moins rêver

Le segment More Personal Computing, qui regroupe Windows, Surface, Xbox, Bing et la publicité de recherche, recule de 1 % à 13,2 milliards de dollars. Les revenus Windows OEM et Devices baissent de 2 %, ceux du contenu et des services Xbox de 5 %. Microsoft anticipe d’ailleurs une chute de l’ordre de 15 à 18 % des revenus Windows OEM au quatrième trimestre, conséquence d’une comparaison défavorable, d’un déstockage chez les fabricants et d’un marché PC sous pression à cause de la hausse des prix des composants.

Côté Xbox, le matériel poursuit sa traversée du désert : les revenus chutent de 33 % dans une totale discrétion de l’éditeur qui n’évoque rien sur le sujet dans ses communiqués. Tout ce qui n’est pas Azure ou IA devient ainsi secondaire dans le récit financier de Microsoft. La génération Xbox actuelle est déjà en fin de parcours. La suivante n’est encore qu’en prototypage.

Satya Nadella tente néanmoins de reprendre la main sur cette partie moins glamour : « Nous faisons le travail de fond nécessaire pour regagner les fans et renforcer l’engagement autour de Windows, Xbox, Bing et Edge. À court terme, nous nous concentrons sur les fondamentaux, la qualité et le service de nos utilisateurs les plus fidèles. »

C’est presque un aveu. Microsoft peut vendre l’avenir agentique à Wall Street, mais il doit aussi réparer l’expérience de ses produits historiques. Windows reste massif, avec plus de 1,6 milliard d’appareils actifs mensuels, mais le produit porte les stigmates de plusieurs années de surcharge fonctionnelle, de poussée marketing autour de Copilot et d’erreurs de conception (souvent guidées par le marketing et l’insupportable tendance à « l’enshittification »).

Microsoft gagne, mais mise toujours plus gros

Ce trimestre confirme la puissance de Microsoft. Azure est au cœur de la bataille mondiale de l’IA. Microsoft 365 Copilot commence à prendre de l’ampleur. Le carnet d’activité commerciale atteint 627 milliards de dollars, dopé notamment par OpenAI. Et la société prévoit encore une croissance d’Azure comprise entre 39 % et 40 % à taux de change constant au trimestre suivant.

Tout l’enjeu, pour Microsoft comme pour ses clients, tient désormais dans cette équation : convertir les 190 milliards de dépenses d’investissement de 2026 en revenus récurrents, à un rythme suffisant pour préserver les marges et justifier la valorisation de l’entreprise. Et l’affaire est loin d’être gagnée. Ce qui inquiète Wall Street bien sûr, mais doit aussi inquiéter les clients du groupe. Les modèles tarifaires basés sur l’usage que Microsoft est en train de généraliser ne tiendront que si les directions IT y trouvent une valeur ajoutée tangible et mesurable. Et cela reste à démontrer. D’autant que la concurrence est féroce. Google, qui a publié ses résultats le même jour, revendique 350 millions d’abonnements payants tous services confondus et une accélération de Gemini Enterprise. Amazon mise désormais lourd sur sa nouvelle relation avec OpenAI maintenant que Microsoft a perdu son exclusivité.

Et l’éditeur doit aussi affronter la quête d’autonomie numérique de l’Europe. D’autant que les DSI commencent à réaliser que si l’IA agentique promet de la productivité, elle ouvre aussi une nouvelle ère de dépendance, de gouvernance, de FinOps et d’arbitrage budgétaire.

L’IA agentique est en passe de devenir la plus grosse ligne de dépense des entreprises. Microsoft espère en faire la plus grosse ligne de revenus. Mais la bataille s’annonce déjà sanglante…

 

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