À Think 2026, IBM n’a pas seulement annoncé de nouveaux agents IA. Big Blue veut surtout imposer watsonx Orchestrate comme le plan de contrôle des écosystèmes agentiques d’entreprise. Une approche moins spectaculaire qu’un nouveau modèle, mais probablement plus proche des préoccupations réelles des DSI.
Vous l’aurez compris à la vue des centaines d’annonces sur le sujet depuis le début de l’année, l’IA d’entreprise entre dans une nouvelle phase. Après les assistants conversationnels, les copilotes et les premiers agents spécialisés, le sujet devient moins la création d’un agent que sa mise en production, sa supervision, sa sécurité et sa responsabilité.
Sans surprise, la conférence IBM Think 2026 qui se tenait cette semaine s’est longuement étendue sur le sujet. Avec une star dénommée « watsonx Orchestrate » (l’autre star, c’était BOB que nous avons présenté ici). IBM a en effet lancé une nouvelle génération de sa solution d’orchestration de l’IA, désormais positionnée comme un plan de contrôle agentique capable d’administrer des agents hétérogènes à l’échelle de l’entreprise. IBM précise que cette évolution est encore en private preview.
Une couche unifiée par-dessus les framework
Les entreprises n’auront pas un seul agent, ni même une seule fabrique d’agents. Elles devront composer avec des agents développés en interne, fournis par des éditeurs, intégrés dans des applications SaaS, déployés sur site ou dans les clouds.
IBM veut donc faire de watsonx Orchestrate la couche commune permettant de les exécuter, les observer, les évaluer, les optimiser et les gouverner. La plateforme prend déjà en charge des agents IBM natifs, des agents Langflow, LangGraph et des agents bâtis avec le protocole ouvert A2A, avec une promesse d’interopérabilité élargie. Et l’éditeur démontre sur son site comment administrer et surveiller avec Orchestrate des agents déployés sur les clouds des hyperscalers à l’instar d’AWS.
Cette large ouverture est le cœur du discours. Rob Thomas, SVP Software et Chief Commercial Officer d’IBM, le résume ainsi : « Orchestrate n’est plus seulement une technologie IBM. Il s’agit d’accueillir la meilleure technologie agentique, quelle que soit son origine. » IBM cite notamment ServiceNow, Salesforce et Adobe parmi les écosystèmes susceptibles d’entrer dans cette logique multi-agents.
L’enjeu n’est pas uniquement technique. Plus les agents IA se rapprochent des processus métier, plus ils accèdent à des données sensibles, appellent des API, déclenchent des workflows et prennent des décisions opérationnelles. Sans supervision, l’agent devient vite une nouvelle forme de shadow IT.
IBM répond par des fonctions de traçabilité, d’évaluation en phase de conception et d’exécution, de gestion centralisée des identités, d’isolement, de journalisation, de politiques d’exécution et de catalogue gouverné des agents et outils réutilisables.
Le défi de l’entreprise agentique
Watsonx Orchestrate s’inscrit aussi dans une vision plus large qu’IBM appelle son AI Operating Model. Arvind Krishna, CEO d’IBM, estime que les entreprises qui prennent de l’avance ne sont pas celles qui « déploient plus d’IA », mais celles qui « redessinent la manière dont leur activité fonctionne ». Pour IBM, ce modèle repose sur quatre piliers : agents, données temps réel, automatisation et cloud hybride souverain.
D’où l’importance des annonces adjacentes. IBM Bob, désormais disponible, vise le développement logiciel agentique avec des contrôles de sécurité et de coût. IBM Concert, en public preview, veut corréler les signaux d’exploitation, de sécurité, de performance et de coûts pour passer de l’observation à l’action. Côté données, IBM associe Confluent, watsonx.data et un nouveau contexte temps réel pour fournir aux agents des informations fraîches, gouvernées et compréhensibles.
La proposition d’IBM se distingue moins par l’effet de démonstration que par son ancrage dans le SI existant. Là où Microsoft (avec Agent 365), Google Cloud (avec Gemini Enterprise Agent Platform) et AWS (avec Bedrock AgentCore) poussent leurs propres approches de contrôle des agents, IBM insiste sur l’hybride, la gouvernance, les systèmes critiques, les données réglementées et la capacité à faire travailler l’IA dans des environnements que l’on ne peut pas simplement reconstruire dans un cloud moderne.
Au fond, Think 2026 confirme ce que tout le monde devine déjà : la bataille des agents IA ne se jouera pas seulement sur leur intelligence, mais sur leur exploitation. Qui les autorise ? Qui les observe ? Qui les arrête ? Qui prouve ce qu’ils ont fait ? Avec watsonx Orchestrate, IBM répond à cette question par une promesse finalement « très IBM » : moins de magie, plus d’architecture.
Reste un bémol. La nouvelle génération de watsonx Orchestrate est encore en private preview, sans calendrier précis de mise en disponibilité générale. Alors que Microsoft a publié son Agent 365 en disponibilité générale la semaine dernière.
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