La transformation numérique n’est plus un simple chantier de modernisation. Pour les DSI, elle est devenue un test de lucidité et de maîtrise… permanent et en constante évolution ! Où se joue encore la marge de manœuvre de l’entreprise quand le cloud, les logiciels, l’IA et même les cadres réglementaires redessinent les rapports de dépendance ? Comment éviter que la promesse d’agilité ne se transforme en enfermement technologique ? Et, au fond, les DSI peuvent-ils encore reprendre le contrôle ? Pour éclaircir ces questions, Habib Guergachi, fondateur d’Ante.Future est notre Grand Témoin.

Fondateur d’Ante.Future, lancé le 10 avril 2026, Habib Guergachi partage une grille de lecture forgée par « 35 ans passés à tous les étages de l’IT, de la salle serveur à la salle du board ». Sa “Physique des Organisations” relie business, IT, gouvernance et culture dans un même système, avec une conviction forte : les projets technologiques s’enlisent moins dans la technique que dans les angles morts de l’organisation. Autrement dit, pour lire correctement une transformation numérique, il faut regarder autant les circuits de décision que les architectures. Comme il le résume lui-même, il s’agit avant tout de « savoir lire la tech pour éviter de s’enliser ».

Cet entretien résonne d’autant plus avec l’actualité récente d’Ante.Future. Habib Guergachi a publié, après son manifeste inaugural, un texte remarqué sur l’IA générative. Il y rappelle qu’elle « connaît tout et ne comprend rien » et distingue quatre verbes que les dirigeants confondent trop souvent : connaître, comprendre, juger, décider. Toute la conversation est là : l’IA peut accélérer, assister, amplifier, mais elle ne dispense jamais les décideurs de penser, d’arbitrer et d’assumer. Pour les DSI, la question n’est donc plus seulement d’adopter l’IA, mais de savoir dans quelles conditions de gouvernance, de sécurité, de coût et de souveraineté elle peut réellement créer de la valeur.

Au fil de cet échange, il est question de transformation numérique, de souveraineté, de dépendance aux grands fournisseurs, de vendor lock-in, de cloud dit “de confiance”, de commande publique et de surenchère réglementaire. Mais derrière ces grands thèmes, Habib Guergachi ramène toujours le débat au terrain réel : qui décide vraiment, sur quels critères, avec quelles conséquences opérationnelles ? De quoi éclairer les DSI confrontés à la même équation : continuer à transformer sans se laisser enfermer, tirer parti de l’IA sans lui abandonner le jugement, et reconstruire des marges de manœuvre dans un environnement technologique de plus en plus contraint.

 

 

Derrière l’illusion d’une reprise en main qui passerait simplement par le remplacement de technologies existantes, Habib Guergachi rappelle que la dépendance est déjà profondément installée : « Aujourd’hui, les fournisseurs de cloud jouent un rôle structurant, voire vital dans le fonctionnement de l’économie. »
Pour lui, la réponse ne peut donc pas être uniquement défensive. Elle suppose au contraire de retrouver une capacité offensive, en maîtrisant les technologies, les modèles industriels et les choix d’architecture, au lieu de subir ceux des grands acteurs du marché.

Sur l’intelligence artificielle, son diagnostic est tout aussi net. « L’IA connaît tout, mais ne comprend rien », insiste-t-il, avant de poser une ligne rouge essentielle pour les DSI : « L’humain reste le décideur en dernière instance. »
Dans son esprit, l’enjeu n’est donc pas de fantasmer une automatisation totale, mais de construire des systèmes utiles, gouvernés, auditables, capables d’augmenter l’organisation sans lui faire perdre la main. Car l’hyperautomatisation est possible, mais elle ne vaut que si elle reste au service d’un projet d’entreprise, d’une culture, et d’une responsabilité assumée.

Et c’est sans doute là que se situe sa principale mise en garde. « Tout DSI, tout patron, aujourd’hui, il a deux sujets majeurs, stratégiques, qui, normalement, doivent l’empêcher de dormir », observe-t-il. Le premier concerne l’existant : que faire d’un legacy encore vital, coûteux, fragile, mais au cœur du fonctionnement de l’entreprise ? Le second regarde déjà vers demain : « Comment fabriquer mon nouveau système ? » et, au-delà, comment préparer les nouveaux business qui émergeront avec l’IA, le cloud, la cybersécurité et les agents logiciels.

Car, au bout du compte, prévient Habib Guergachi, « la valeur va se déplacer, vraiment, en dehors du champ d’automatisation de l’IA ». Dit autrement, pour les DSI, il ne s’agit plus seulement de transformer, mais de choisir lucidement ce qu’il faut conserver, ce qu’il faut refonder, et ce qu’il faut réinventer.

 

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