Le bitcoin ne symbolise-t-il pas la prise de pouvoir des « geeks  » sur l’univers de la finance ?

Avec une valeur multipliée par cinq en moins de quatre mois, puis une chute de 25 % en une semaine, le bitcoin fait tourner les têtes. Du particulier aux institutions financières, tous semblent hypnotisés par la spéculation sur la cryptomonnaie. Les premiers contrats à terme, permettant de parier sur la hausse ou la baisse de la cryptomonnaie, viennent même d’être lancés à Chicago. Mais ce marché n’est pas régulé, et ressemble aujourd’hui au Far West. Sur les marchés réglementés, toutes sortes d’excès sont déjà possibles, mais avec le bitcoin, les risques sont multipliés par 100.

Pourquoi ? Parce que le particulier n’est pas armé pour s’y risquer. Pas plus que le financier lambda d’ailleurs. Car le bitcoin est d’abord et avant tout un  » truc de geek « .

Pas plus de 1 000 personnes sur cette planète maîtrisent réellement la technologie sous-jacente au bitcoin et aux autres cryptomonnaies – la  » blockchain « . Ce sont des experts informatiques, pas des spécialistes financiers. Leur démarche ne semble relever d’aucune logique traditionnelle. Le bitcoin n’est pas une monnaie d’échange (trop compliquée, trop… polluante). Ni un produit financier.

Hormis les spéculateurs, ceux qui investissent dans le bitcoin développent une vision particulière du monde. La notion d’irrévocabilité qui y est liée (le dispositif est ultra-sécurisé, mais aucun retour en arrière n’est possible) va au-delà de la puissance des Etats. Traduction : dans un contexte de crise financière et de création de dettes, le jour où tout sombrera, il restera l’immuable ligne de code – le bitcoin – qui, seul, peut résister aux cataclysmes qui s’annoncent. Une sorte de  » nihilisme 2.0 « .

On ne sait d’ailleurs pas exactement qui l’a créé

Avec le bitcoin, on sort du cadre économique traditionnel. C’est ce qui rend intéressante l’observation des évolutions en cours.

D’une part, on note un paradoxe en matière de sécurité. Quand la fraude représente jusqu’à 1 % des transactions par carte bancaire, aucune transaction frauduleuse n’a été enregistrée avec le bitcoin, c’est la base même de sa réputation. Mais cela n’évite en rien le piratage des porte-monnaie électroniques : sur les 16 millions de bitcoins aujourd’hui en circulation, 2 à 3 millions auraient été volés. Mais, précision de taille, les bitcoins dérobés ne peuvent pas être réutilisés, car ils sont tagués. Le vol ne répond donc pas en premier lieu à des motivations économiques !  » Punk is not dead « …

D’autre part, ce sont d’ordinaire les particuliers qui se font dévorer par les investisseurs traditionnels, et ce malgré les règles de protection existantes. Mais à l’époque des fables numériques, c’est l’investisseur traditionnel qui est l’agneau, alors que le loup est l’informaticien. Et il est déjà dans la bergerie. Le pouvoir est désormais dans les algorithmes, les lignes de code. De la même manière que Google ou Amazon taillent des croupières à leurs homologues traditionnels dans le domaine du commerce, le numérique envahit peu à peu la finance.

On ne sait à quel objectif répondait la création du bitcoin. On ne sait d’ailleurs pas exactement qui l’a créé. Mais au vu de la frénésie actuelle, il semblerait qu’il devienne un instrument pour prendre les institutions financières à leur propre jeu. Les voilà prévenues.

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Pierre-Antoine Dusoulier, président d’iBanFirst, une plate-forme de services financiers pour les PME, le bitcoin symbolise la prise de pouvoir des « geeks  » sur l’univers de la finance.