235 pages pour permettre à la France de rattraper son retard en matière d’intelligence artificielle, tel est le défi que veut relever Cédric Villani avec son rapport rendu hier au président de la République.

Le titre du rapport « Donner un sens l’intelligence artificielle, pour une stratégie nationale et européenne » postule deux principes :

« l’Intelligence artificielle l’intelligence artificielle va désormais jouer un rôle bien plus important que celui qu’elle jouait jusqu’alors. Elle n’est plus seulement un programme de recherche confiné aux laboratoires ou à une application précise. Elle va devenir une des clés du monde à venir » affirme le rapport.

– La France ne pourra jouer un rôle majeur dans les années à venir que dans le cadre d’une stratégie européenne. « La France a besoin de l’Europe mais l’Europe a tout aussi besoin de la France, avait indiqué Cédric Villani au 7/9 de France Inter quelques heures avant la remise de son rapport.


Pour télécharger le rapport, cliquer ici (les auteurs du rapport : VILLANI Cédric, SCHOENAUER Marc, BONNET Yann, BERTHET Charly, CORNUT Anne-Charlotte, LEVIN François, RONDEPIERRE Bertrand)


Projet plutôt que plan dans la mesure où le document de mentionne aucun chiffre en matière d’investissement. L’auteur du rapport a expliqué que les participants ont effectué de nombreuses simulations mais qu’ils n’ont pas souhaité donner quelques chiffres que prendraient et reprendraient les observateurs.

Le seul chiffre avancé est celui de tripler le nombre de chercheurs dans la discipline. Pour atteindre cet objectif de tripler le nombre de personnes formées à l’IA à horizon 3 ans, « la volonté politique devra être accompagnée de moyens budgétaires supplémentaires, à même de permettre aux institutions de formation de mettre en place les cursus nécessaires et de développer leur capacité d’accueil ».

Autre chiffre précisé, celui de la commande publique (70 milliards d’euros environ) qui reste « insuffisamment orientée vers l’innovation, pour des raisons à la fois opérationnelles, juridiques et culturelles ».

Le plan, ce sera pour aujourd’hui. Emmanuel Macron doit rendre publique lors d’une visite à l’institut Curie son plan pour développer l’IA en France.


L’IA pour analyser les dossiers cliniques

Accélérer la recherche clinique grâce au traitement automatique de données médicales, tel est l’objectif du partenariat entre l’Institut Curie et OWKIN une start-up de logiciels et de services spécialisée dans l’intelligence artificielle.

L’Institut Curie a mis en place depuis plus de 10 ans un système de dossiers médicaux électroniques, ayant ainsi rassemblé plus de 10 millions de documents textes concernant plusieurs centaines de milliers de patients. Cette base de données non structurée contient ainsi l’ensemble des compte-rendus de consultation, de chirurgie et de radiothérapie, ainsi que les protocoles de chimiothérapie administrés aux patients. L’analyse de ces données pourrait ouvrir la voie à une meilleure compréhension du développement des pathologies complexes que sont les cancers et permettre une amélioration de la prise de décision thérapeutique, en particulier dans le cas de traitements dont la réponse est très hétérogène.

Pour répondre à ce défis, l’Institut Curie et Owkin ont signé un accord de partenariat pour le développement d’un nouveau logiciel d’analyse de dossiers cliniques basé sur les méthodes les plus modernes d’intelligence artificielle et d’analyse du langage naturel.

Cet accord est le premier conclu à l’Institut Curie avec une start-up spécialisée dans l’analyse de données massives. L’Institut Curie va également nommer un Directeur des données.


La France ne fait pas partie des leaders de l’IA considère le rapport qui retient les Etats-Unis, la Chine comme les deux « mastodontes » et le Canada, Israël et le Royaume Uni comme « les pays émergents de la discipline ». Mais ces pays ont mis en place différents modèles pour en arriver-là d’où la nécessité pour notre pays de trouver son propre modèle pour rattraper son retard.

Le point de départ de cette technologie et ce qui a permis son renouveau est la disposition de très grands volumes de données qui peuvent être traités par des supercalculateurs dont la puissance de calcul est devenue considérable comme le rappelait Jean-Marie Chauvet, co-fondateur de Neuron Data et spécialiste de l’IA il y a quelques semaines pour expliquer les raisons du foisonnement que l’on constate ces derniers temps sur ces questions.

 

On e souvient du slogan : « En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées ». On pourrait le transposer au sujet du jour sauf que les données constituent le pétrole de l’intelligence artificielle, sans données pas d’IA. « Or les données bénéficient aujourd’hui majoritairement à une poignée de très grands acteurs. Ce n’est qu’au prix d’un plus grand accès et d’une meilleure circulation de ces données, pour en faire bénéficier les pouvoirs publics, mais aussi les acteurs économiques plus petits et la recherche publique, qu’il sera possible de rééquilibrer les rapports de forces ». La puissance publique devra donc favoriser la mutualisation des données et sur la souveraineté dans un cadre européen.

Qui trop embrasse mal étreint

Troisième idée centrale du rapport, plutôt que de vouloir couvrir tous les domaines d’applications, la France devra concentrer ses efforts dans quatre secteurs. Le rapport recommande donc « d’éviter les logiques de saupoudrage et de concentrer l’effort sur quatre secteurs prioritaires : santé, environnement, transports-mobilités et défense-sécurité.