La nouvelle étude Inum évalue les impacts environnementaux du numérique en France. Et les résultats de cette étude tendent à montrer que les Français sont parmi les plus pollueurs numériques de la planète. En cause, nos usages numériques quotidiens et notre soif de technologies nouvelles…

« D’après notre dernière étude internationale, le numérique représente environ 4% de l’empreinte environnementale mondiale. En France, l’impact du numérique sur l’environnement varie entre 5% pour les GES et 10% pour la consommation d’eau douce. Autrement dit, notre pays a une empreinte numérique nettement supérieure à la moyenne mondiale, d’autant que la France est un pays développé, ce veut dire qu’en valeur absolue son 5% pèse beaucoup plus lourd qu’un éventuel 5% du Bangladesh », estime Frédéric Bordage, co-fondateur de GreenIT.fr à l’occasion de la sortie d’une nouvelle étude « Inum » portant sur les impacts environnementaux du numérique en France.

Des Français suréquipés

Réalisée par un collectif d’experts indépendants entre janvier et juin 2020, l’étude Inum estime le nombre d’équipements français à 631 millions pour 58 millions d’utilisateurs, usages personnel et professionnel confondus. Autrement dit, chaque utilisateur possède en moyenne 11 à 15 appareils numériques, ce qui nous situe largement au-dessus de la moyenne mondiale établie à 8.

Les ordinateurs portables (116 millions) arrivent en première position dans les appareils utilisés par les Français, suivis par les smartphone (98 millions), les télévisions (87 millions), les tablettes (23 millions), les consoles de jeu vidéo (15 millions) et enfin les imprimantes (14,5 millions).

L’étude mentionne également 180 millions d’objets connectés, qu’il s’agisse de montres et enceintes connectées, d’assistants vocaux, de domotique ou encore de voiture connectée dans les ménages ou de capteurs utilisés par les entreprises.

Les utilisateurs, premiers « pollueurs numériques »

Comme pour l’étude mondiale, les utilisateurs restent les premiers « contributeurs » à l’empreinte environnementale du numérique, loin devant le réseau et les datacenters. « A l’échelle individuelle, nos impacts sont logiquement supérieurs à la moyenne mondiale puisque nous avons plus d’équipements par utilisateur. Ils sont de l’ordre de 2 à 6 fois supérieurs au reste du monde », souligne Frédéric Bordage.

Inum ne tient toutefois compte que des datacenters fonctionnant en France sans additionner l’impact des usages réguliers de services reposant sur des clouds situés à l’étranger. Pour les auteurs de l’étude, l’intégration de ces clouds étrangers augmenterait légèrement l’impact des datacenters sans pour autant changer le rapport de force.

Une empreinte principalement liée à la fabrication

Autre fait important, notre empreinte environnementale du numérique est moins liée à nos usages quotidiens qu’au poids de la fabrication des équipements sur l’environnement. Exception faite du poste énergie, la fabrication de nos équipements représente en effet de 83% à 100% de l’empreinte globale, ce qui là encore nous situe nettement au-dessus de la moyenne mondiale, notamment dans le domaine des GES.

Cette différence sur les GES s’explique selon Frédéric Bordage « par notre production électrique qui repose principalement sur le nucléaire et l’hydro-électricité. Résultat, le poste de la consommation d’énergie est écrasé par celui des GES, une pollution numérique que nous importons puisque la fabrication des équipements se fait essentiellement en dehors des frontières physiques de la France ».

Autrement dit, notre kilowattheure pollue moins que celui de nos voisins et pèse donc moins lourd en pourcentage dans notre empreinte numérique.

Enfin, comme pour le reste du monde, les écrans restent la bête noire du numérique en termes environnementaux : ils peuvent totaliser jusqu’à 71% de notre empreinte selon l’indicateur ! En cause, la taille des écrans de télévision notamment qui ne cesse d’augmenter et dont la fabrication est particulièrement nocive pour l’environnement. À titre d’exemple, l’Ademe estime que la fabrication d’une télévision de 47 pouces émet 479 kg de gaz à effet de serre et elle nécessite 26 000 litres d’eau !

« Ces spécificités du numérique français sont importantes et doivent être prises en compte par les mesures que le gouvernement publiera cet automne et par les propositions que le Sénat doit présenter aujourd’hui, faute de quoi on risque de se tromper de combat », conclut Frédéric Bordage.