L’Europe veut faire son retour remarqué dans l’univers des processeurs et a choisi de s’appuyer sur la Deeptech SiPearl et son processeur Rhea-1 pour propulser sa première machine exaflopique, le Jupiter. Mais le projet prend un inquiétant retard…

S’imposer en concepteur de processeurs n’est pas simple. Notamment quand on doit partir d’une feuille blanche ou presque. C’est le défi que s’est lancé la startup française – largement financée par l’Europe – SiPearl. Un effort qui s’inscrit dans une volonté européenne de redevenir un leader de l’univers des puces avec son Chips Act.

Et pour affirmer sa volonté, l’Europe au travers de l’initiative EuroHPC avait choisi de façon très emblématique d’équiper son Jupiter, premier HPC exaflopique européen, du processeur Rhea-1 de SiPearl.

Malheureusement, le Rhea-1 prend encore du retard. Alors que les premiers échantillons auraient dû apparaître en ce milieu d’année (après un premier retard puisque SiPearl espérait au départ échantillonner son processeur avant la fin 2023), la DeepTech vient d’annoncer qu’ils ne seront finalement disponibles qu’en 2025.

Un retard qui s’explique par l’intégration de différentes améliorations. Comme pour se faire pardonner ce retard, SiPearl en a profité pour en dévoiler un peu plus sur son Rhea-1, un microprocesseur européen haute performance et basse consommation, conçu pour le calcul haute performance (HPC). Le processeur gravé en 6 nm par TSMC disposera de 80 cœurs ARM Neoversev1 (plus que les 72 prévus à l’origine), chaque cœur embarquant 2 extensions vectorielles SVE pour accélérer les calculs vectoriels et matriciels ainsi que 4 piles mémoire HBM (High Bandwidth Memory). S’y ajoutent 4 interfaces mémoire DDR5 prenant en charge 2 DIMMs par canal, ainsi que 104 lignes PCIe Gen5. Les éléments de calcul et d’E/S seront interconnectés via un réseau sur puce (NoC) Arm Neoverse CMN-700 à maille cohérente hautes performances.

Philippe Notton, PDG de SiPearl, justifie ce retard en expliquant que « Rhea-1 sera un microprocesseur de classe mondiale pour le HPC et l’inférence IA. Sur le marché en forte croissance de l’IA générative, il constituera une excellente alternative aux solutions existantes, à moindre coût et avec une plus grande flexibilité face aux changements de modèles. »

On veut bien le croire, mais ce retard inattendu est plutôt une mauvaise nouvelle pour le Jupiter, premier supercalculateur exascale européen dont la construction devait démarrer cette année et que ne pourra désormais débuter au mieux qu’en fin d’année 2025. Un retard d’autant plus regrettable, que les travaux de conception ont déjà démarré comme en témoigne la publication du dernier classement Green500 des supercalculateurs les plus efficients de la planète.

Pour rappel, le Jupiter est une sorte de machine bi-céphale avec un « General Cluster Module » animé par des processeurs Rhea-1 et un « Booster Module » animé par les superchips GH200 de NVidia. Si l’assemblage du General Cluster Module est au point mort en l’absence de processeurs SiPearl, les travaux sur le Booster Module ont eux déjà démarré sous la supervision des ingénieurs d’Eviden (Atos) et du centre de calcul JSC de Jülich.
Ces derniers ont en effet assemblé un premier élément dénommé JEDI, acronyme de Jupiter Exascale Development Instrument. Or ce premier élément vient justement tout simplement de prendre la tête du classement Green500 ! Il est même le premier à franchir la barre des 70 GigaFLOPS par Watt (72,73 GFlops/Watt) ! Un nouveau record ! Pas mal pour une machine qui n’est qu’un prototype. Mais ce booster module vient démontrer la suprématie énergétique des architectures « superchips » qui combinent CPU et GPU sur une même puce.

Par ailleurs, SiPearl poursuit en parallèle toujours ses travaux sur sa seconde génération de processeurs, le Rhea-2, dont l’entreprise espère toujours démarrer les échantillonnages avant la fin 2025. Ce processeur pourrait trouver sa place dans le futur « Jules Verne » français.

 

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